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Au numéro 1 de ma rue

Au numéro 1 de ma rue, il y a Paris. Et tout ce qui s’y joue en silence. Entre poésie du quotidien et vertige intérieur, se dessine une cartographie croisée de la ville et de l’âme… en se promenant, en ralentissant, en regardant autrement, en écoutant ce qui bruisse sous l’apparente banalité du monde.

Éditeur : PhB Éditions

https://phbeditions.com/

114 pages – Format 14X21 – Broché – couverture à rabats
Prix : 10 €

CRITIQUE

Pour un auteur, un poète peut-être plus que tout autre, le temps de l’édition est souvent affaire de patience. Ainsi, au 27 novembre 2017 je publiais ici même, dans les pages de ce Magnum, deux poèmes extraits d’un manuscrit inédit d’Igor Quézel-Perron alors intitulé : À nu Paris. C’est aujourd’hui ce même ensemble, mais allégé, passé du poème en prose à des poèmes en vers libres, que je retrouve – combien d’années plus tard ? - aux éditions PhB sous le titre : Au numéro 1 de ma rue.

Mais c’est toujours dans une ballade dans Paris, à partir de son domicile – si l’on accepte de confondre l’auteur et le narrateur – que nous entraîne le poète (Place du marché, rue Casanova , rue Mouffetard à la suite), que viendra bientôt doubler une romance amoureuse avec Lola, la voisine du dessus, danseuse à l’opéra :

Je l’entends parfois répéter

Au-dessus de mes pensées

Elle fait des bonds

Pousse des cris étouffés

Parfois je porte son cabas

Je répare l’électricité

Je plante un clou

L’orchestre explique des choses

Sur la scène, une prison, des fleurs de pruniers.

L’écriture est primesautière, pratique avec vivacité le court-circuit dans l’expression, donnant ainsi l’impression d’une pensée débridée, qui saute d’un sujet à l’autre en une naïveté apparente dont les raccourcis enchantent, qui peu ou prou rappellent les alliances de mots, les trouvailles charnues, équivoques, d’un Yves Martin (autre marcheur dans Paris, qui plus est) :

La poissonnerie et l’église sont fermées

Dieu et les cabillauds sont seuls désormais (Rue Mouffetard)

Des buveurs grouillent de solitude (Dans un bar)

 

ou dans Le lit de Lola : 

Le canapé n’est pas dupe

Mon désir fait antichambre dans mes mots

Le vin dit n’importe quoi

Un sourire de Lola bluffe un argument

Un baiser fait conclusion

Les boutons regardent ailleurs

Son chemisier respire

Une étoffe compose à peine ses seins

Ce cache-cœur chôme assez vite […]

Sur ses jambes

Ma main délibère

Je touche et j’imagine

Je dérange la géographie

Devant ses courbes

Des mots interdis

Campent dans ma bouche

Je loue Dieu pour son ouvrage

Ce petit bout de tissu est le dernier

Un projet retient sa chute […]

La vie prend un goût de ciel

Nos cœurs se croient sous les tropiques

Les voisins écoutent

Un instant suspendu dans le temps

Demain on croisera la concierge

Les joues rosies

Ce qui est remarquable chez Igor Quézel-Perron, c’est qu’il n’est nullement familier d’une telle écriture. Il est de ces poètes dont chacun des livres boucle un projet spécifique, propose un parti-pris différent de forme, de ton, de sujet. Le précédent : Il fut un temps, 202ᵉ livraison de notre collection Polder, présentait une prose foisonnante et rigoureuse, très structurée, soulignait Chloé Landriot, sa préfacière. Et l’on n’oublie pas qu’il fit son entrée en poésie en proposant un florilège de haïkus sur le thème de l’entreprise (les haïkonomics), thème qu’il reprit par la suite dans les proses de @corp, sous-titré Rêverie d’un promeneur en entreprise. À la question : Qui êtes-vous donc, Igor Quézel-Perron ?, qu’on est tenté de poser à la suite, on citera pour répondre les derniers vers du livre :

Je ne sus quoi répondre

Moi qui ai toujours eu peur d’être moi

Et de ne l’être pas.

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