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Qu'est-ce qu'un haïku ? Définition, règles et exemples

Photo du rédacteur: Igor Quézel-Perron
Igor Quézel-Perron
22 sept.
7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

Certains instants ne durent que quelques secondes, mais restent avec nous pendant des années. Une lumière particulière. Le bruit de la pluie contre une fenêtre. Un geste aperçu au bon moment. Presque rien, en apparence.

Puis un jour, sans prévenir, un détail nous y ramène. On revoit la scène. On retrouve une sensation qu’on pensait avoir oubliée. Et pendant quelques secondes, on est de nouveau là.

C’est toute la beauté du haïku : saisir l’éphémère avec le moins de mots possible. Trois lignes peuvent suffire à faire apparaître une scène entière, réveiller un souvenir ou provoquer une émotion.

Derrière cette simplicité apparente se cache une forme de poésie bien plus subtile qu’elle n’en a l’air.


Qu’est ce qu’un haïku ?


Le haïku est une forme de poésie japonaise connue pour son extrême brièveté. En quelques mots seulement, le poète cherche à saisir un moment tel qu’il se présente, sans développer un long récit ni expliquer au lecteur ce qu’il doit ressentir.


Traditionnellement, il s’organise autour de trois segments et accorde une place importante aux saisons, aux sensations et à l’observation de ce qui nous entoure. Sa brièveté n’est donc pas seulement une contrainte de forme. Elle oblige le poète à choisir précisément ce qu’il montre et ce qu’il laisse volontairement hors du poème.


Mais le haïku n’a pas toujours été ce petit poème indépendant que nous connaissons aujourd’hui.



Des premiers hokku au haïku moderne


À l’origine, le haïku n’existait pas encore sous cette forme. Il descend du hokku, les premiers vers d’un poème collectif japonais appelé renga. Le principe était particulier. Un premier poète écrivait une courte séquence de 5, 7 puis 5 unités sonores. Un autre poursuivait avec une séquence de 7 puis 7, puis les participants continuaient ainsi à tour de rôle pour construire un poème parfois très long.

La toute première séquence avait une importance particulière. Appelée hokku, elle devait ouvrir le poème, installer une atmosphère et généralement donner un indice sur la saison. C’est précisément ce hokku qui va progressivement prendre son indépendance. Au lieu d’être seulement le point de départ d’une œuvre collective, il commence à être apprécié pour lui-même.

Au XVIIe siècle, Matsuo Bashō change surtout le statut littéraire de ces quelques lignes. Il continue à écrire des hokku, mais les travaille avec une exigence telle qu’ils peuvent être lus et admirés indépendamment du poème auquel ils appartiennent. Quelques mots ne servent plus seulement à lancer la suite. Ils peuvent déjà contenir toute une expérience poétique.

C’est une étape essentielle. Le hokku commence à se suffire à lui-même, même s’il porte encore son ancien nom. 

Après Bashō, des poètes comme Yosa Buson et Kobayashi Issa montrent tout ce que cette forme courte peut permettre. Buson développe sa dimension visuelle, tandis qu’Issa l’ouvre à l’intime, à l’humour et aux êtres ordinaires. Ils élargissent ce qu’il est possible d’en faire.

Puis arrive Masaoka Shiki, à la fin du XIXe siècle. Et c’est là qu’a lieu la rupture la plus nette. Il considère que ce court poème doit être pensé comme une forme autonome, non comme le premier maillon d’une poésie enchaînée. Il contribue alors à imposer un nouveau nom pour le désigner, haïku.

Et en France ?


En 1905, trois amis embarquent sur une péniche et parcourent les canaux du Centre. Paul-Louis Couchoud, le sculpteur Albert Poncin et le peintre André Faure profitent du voyage pour expérimenter cette forme poétique venue du Japon.


De cette expérience naît Au fil de l’eau, une petite plaquette réunissant soixante-douze tercets et tirée à seulement trente exemplaires. Elle est aujourd’hui considérée comme le premier recueil de haïkus composés directement en français.


Mais le haïku français ne reste pas longtemps cantonné à la contemplation des paysages.


En 1916, en pleine Première Guerre mondiale, Julien Vocance publie ses Cent visions de guerre. Il utilise cette forme minuscule pour saisir la réalité du front, les corps, la violence et les scènes de tranchées. Le contraste est saisissant. Une poésie souvent associée aujourd’hui à la nature devient ici un moyen de montrer la guerre dans ce qu’elle a de plus immédiat.


Quelques années plus tard, en 1920, La Nouvelle Revue Française publie une anthologie réunissant douze auteurs sous l’impulsion de Jean Paulhan. Cette publication dans l’une des grandes revues littéraires de l’époque donne au haïku français une visibilité nouvelle et contribue à le faire connaître au-delà d’un petit cercle d’auteurs.


Dès ses débuts en France, le haïku ne se cantonne donc pas à la contemplation de la nature. Il devient aussi une façon de saisir son époque, y compris dans ce qu’il avait de plus brutal et de plus moderne.


Les trois règles, et ce qu'elles valent


1. La structure en 5-7-5


Le haïku japonais traditionnel est construit sur 17 unités sonores réparties en 5, 7 et 5.


On les traduit souvent par “syllabes”, mais ce n’est pas tout à fait exact. Le japonais compte des mores, des unités sonores généralement plus courtes que nos syllabes françaises. Le mot Tōkyō, par exemple, compte deux syllabes en français, mais quatre mores en japonais.


Cette différence change beaucoup de choses. Un haïku japonais de 17 mores est généralement plus court qu’un poème français de 17 syllabes.


C’est pourquoi reproduire absolument le 5-7-5 en français n’est pas toujours nécessaire. À vouloir atteindre le bon nombre, on risque même d’ajouter des mots uniquement pour remplir le vers, alors que le haïku cherche justement la concision.


Dans l’usine

Tapi dans l’ombre

Le robot


Seulement dix syllabes ici. Pourtant, la scène existe immédiatement.



2. Le mot de saison


Traditionnellement, le haïku contient aussi un kigo, que l’on peut traduire par “mot de saison “. Ce mot permet de situer le poème dans l’année sans avoir besoin de l’expliquer. Une cigale peut évoquer l’été, la première neige l’hiver, les fleurs de cerisier le printemps.


Au Japon, cette pratique est si développée qu’il existe des recueils appelés saijiki, qui classent les mots de saison et les associations culturelles qui leur sont liées. L’intérêt du kigo tient justement à sa discrétion. Quelques mots suffisent pour apporter au poème tout un contexte.


En français, on peut conserver ce principe sans nécessairement reprendre les références japonaises. Des guirlandes dans un hall, des bureaux déserts au mois d’août ou des cotillons peuvent eux aussi situer immédiatement une scène dans l’année.


Dans le salon

Des aiguilles sous le sapin

Encore un cadeau


Le mot sapin suffit à situer la scène autour de Noël sans écrire “décembre”, “hiver” ou “Noël”.



3. La césure


Un haïku ne se contente pas toujours de décrire une scène du début à la fin. Il contient souvent une rupture, un moment où le regard change ou où un nouvel élément vient modifier ce que l’on venait de lire.


En japonais, cette rupture est notamment créée par le kireji, littéralement “mot de coupure”. Ce terme désigne certains mots propres à la poésie japonaise qui permettent de créer une pause dans le poème, de mettre l’accent sur une image ou de marquer le passage d’un élément à un autre.


Prenons le célèbre haïku de Matsuo Bashō, dans une traduction simplifiée :


Le vieil étang

Une grenouille plonge

Bruit de l’eau


Le poème commence par une image presque immobile, celle d’un vieil étang. Puis la grenouille plonge. Le bruit de l’eau introduit soudain du mouvement et du son dans cette scène calme. La force du poème vient en partie du rapprochement entre ces deux moments. Bashō  montre d’abord le calme, puis l’événement qui vient le troubler. C’est au lecteur de ressentir le contraste entre les deux.


En japonais, le kireji aide à marquer cette articulation. En français, nous n’avons pas de mot qui remplisse exactement la même fonction. Les traducteurs et les auteurs peuvent donc créer une coupure grâce à un tiret, des points de suspension, la ponctuation, un retour à la ligne ou simplement la construction du poème.


La coupure est donc une manière de faire coexister deux éléments sans expliquer leur relation. Une image peut répondre à une autre, la contredire, la préciser ou soudain lui donner un autre sens.


C’est aussi ce qui distingue le haïku d’une simple phrase découpée en trois lignes. Une partie de ce que le poème veut faire naître se trouve justement dans l’espace entre ce qui est montré et ce que le lecteur comprend lui-même.



Comment reconnaître un haïku ?


Connaître les règles ne suffit pas toujours à reconnaître un haïku. Un texte peut faire trois lignes, être très court et même respecter le rythme 5-7-5 sans pour autant fonctionner comme tel.La différence tient surtout à ce que le poème montre plutôt qu’à ce qu’il explique.


Prenons cette phrase :

Le temps passe

Il faut profiter

De chaque instant


Elle est courte et découpée en trois lignes, mais elle exprime directement une idée générale.

Le lecteur n’a rien à découvrir puisque le message lui est déjà donné.


Un haïku fonctionne autrement. Il part généralement d’une scène, d’un détail ou d’un événement précis et laisse ce moment produire lui-même son effet.


Dernier train

Sur le quai désert

Une écharpe


Ici, aucune émotion n’est nommée. On ne nous dit ni que quelqu’un est parti, ni que la scène est triste, ni même à qui appartient l’écharpe. Le poème montre simplement quelque chose et laisse au lecteur l’espace pour l’interpréter.


C’est aussi pour cette raison qu’un haïku n’a pas besoin de parler de nature. Une rame de métro, un écran qui s’éteint, une salle d’attente ou un bureau vide peuvent devenir des sujets de haïku. Ce qui compte, ce n’est pas tant le sujet choisi que la manière de saisir un instant sans tout expliquer.



4 erreurs fréquentes quand on écrit un haïku


J'ai dirigé quelque temps une collection de haïkus contemporains. On y reçoit beaucoup de textes, et les mêmes défauts reviennent presque toujours.

  1. Vouloir absolument respecter le 5-7-5. À force de compter les syllabes, on peut finir par ajouter des mots uniquement pour atteindre le bon nombre. Mieux vaut partir de la scène que l’on veut saisir, puis chercher la formulation la plus concise possible.

  2. Nommer directement l’émotion. Écrire qu’une scène est triste, belle ou émouvante indique au lecteur ce qu’il doit ressentir. Le haïku gagne généralement à montrer ce qui provoque cette émotion et à laisser le lecteur la ressentir lui-même.

  3. Chercher une chute. Les trois lignes d’un haïku ne fonctionnent pas comme une blague qui préparerait un effet final. La surprise peut venir d’un contraste ou d’un rapprochement inattendu, mais le dernier vers n’a pas besoin de délivrer une révélation.

  4. Ajouter un troisième vers pour compléter. Si les deux premières lignes contiennent déjà toute la scène, une troisième ligne ajoutée uniquement pour respecter la forme risque de l’alourdir. Chaque élément doit apporter quelque chose.



Et maintenant ? 


Comprendre le haïku est une chose. En lire est probablement la meilleure manière de comprendre tout ce qu’il peut faire tenir en quelques mots.

Dans Haïkonomics, le haïku rencontre le monde de l’entreprise, ses habitudes, ses absurdités et ces petites scènes que l’on reconnaît parfois beaucoup trop bien.

Dans 400 Haïcoups, ce sont 400 instants et observations saisis en quelques lignes.

Si cet article vous a donné envie de regarder les détails autrement, la suite se trouve peut-être dans leurs pages.

 
 

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