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Comment écrire un haïku ? La méthode en 5 étapes

Photo du rédacteur: Igor Quézel-Perron
Igor Quézel-Perron
2 oct.
6 min de lecture

Écrire un haïku peut sembler simple. Après tout, il ne tient généralement qu’en trois lignes et quelques mots.

Mais cette brièveté est justement ce qui le rend exigeant.


Il faut réussir à saisir une scène sans la raconter entièrement, provoquer quelque chose sans expliquer ce qu’il faut ressentir et choisir suffisamment peu de mots pour laisser une place au lecteur.


La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’attendre un moment particulièrement poétique pour commencer. Un trajet en métro, quelques minutes entre deux réunions ou une scène aperçue dans un bureau peuvent largement suffire.


Le haïku demande finalement moins de temps que d’attention.


Alors comment passer d’un détail aperçu dans la journée à un véritable haïku ? Voici une méthode en cinq étapes.


Étape 1. Partir d’une scène plutôt que d’une idée

Lorsqu’on veut écrire un haïku, le premier réflexe peut être de chercher un sujet.

La nature. Le temps qui passe. La solitude. Une émotion particulière.

Mais partir d’une idée générale rend souvent l’écriture plus difficile. Le haïku fonctionne généralement mieux lorsqu’il commence par quelque chose que l’on a réellement vu, entendu ou ressenti.

Un détail inhabituel dans une situation ordinaire peut suffire.

Prenons cet exemple :


Nouvelle secrétaire

Ma bannette

A changé de place


Il ne se passe presque rien. Une nouvelle personne est arrivée et un objet a changé de place.


Pourtant, ce petit déplacement suffit à suggérer beaucoup plus. Une nouvelle organisation, des habitudes qui commencent à changer, peut-être même une nouvelle dynamique dans le bureau.


Rien de tout cela n’est expliqué dans le poème. La scène suffit.


La première étape consiste donc simplement à noter ce qui attire votre attention lorsqu’il se produit. Pas besoin de chercher immédiatement une belle formulation. Quelques mots dans un téléphone ou sur un morceau de papier suffisent pour conserver l’instant.


Si rien ne vous semble intéressant, essayez simplement de regarder ailleurs.


Regardez ce qui reste sur une table après une réunion. Les gestes plutôt que les visages. Ce qui finit à la poubelle plutôt que ce qui est présenté devant tout le monde.

De belles présentations

Toutes neuves 

Dans la poubelle


Le sujet du haïku était peut-être là depuis le début.



Étape 2. Repérer les éléments qui font tenir la scène


Une fois la scène notée, essayez d’identifier ce qui lui donne son intérêt.


Beaucoup de haïkus reposent sur le rapprochement de deux éléments. Un lieu et un détail. Une situation et un geste. Une image et une autre qui vient légèrement modifier la première.

Prenons celui-ci :


Sophia Antipolis 

Bâtiments modernes 

Odeur de lavande


D’un côté, un parc technologique associé aux entreprises, aux bureaux et à l’innovation.


De l’autre, une odeur de lavande qui rappelle immédiatement un tout autre environnement.


Le poème n’explique pas ce contraste. Il place simplement les deux éléments l’un à côté de l’autre et laisse leur rencontre produire son effet.


Lorsque vous reprenez votre première note, demandez-vous donc ce qui porte réellement la scène.


Quels éléments sont indispensables ?


Lesquels répètent simplement quelque chose que l’on comprend déjà ?


Tout ne mérite pas forcément de rester.


Cela ne signifie pas qu’un haïku doit obligatoirement contenir deux images parfaitement distinctes. Il s’agit plutôt d’un repère utile pour comprendre comment quelques éléments bien choisis peuvent suffire à faire apparaître une scène entière.



Étape 3. Supprimer ce qui explique trop


Nous l’avons vu dans l’article consacré à la définition du haïku. Cette poésie montre généralement plus qu’elle n’explique.


C’est particulièrement important au moment de la réécriture.

Prenons cet exemple :


Dans la tour insonorisée 

Je regarde le silence 

De la circulation


Imaginons maintenant que l’on développe tout ce que la scène peut suggérer : ”Depuis la tour insonorisée où je travaille, je regarde les voitures passer sans les entendre et je me sens étrangement seul.”


La scène reste précise, mais elle laisse moins de place à ce que le lecteur peut déduire, imaginer ou ressentir par lui-même.


“Sans les entendre” ne fait que préciser ce que le “silence de la circulation” permettait déjà de comprendre. De la même manière, “je me sens étrangement seul” met des mots sur une émotion que le lecteur aurait pu percevoir seul.


Réécrire consiste donc aussi à supprimer ce qui est déjà contenu dans la scène.


On peut commencer par retirer les explications inutiles. Un “parce que”, un “donc” ou un “alors” peut expliciter un lien que les images montrent déjà. Certains adjectifs comme “triste”, “magnifique” ou “étrange” peuvent nommer une impression que la scène suffit à faire naître. Des expressions comme “je pense”, “je crois” ou “je me sens” peuvent ajouter un commentaire là où l’image pourrait parler seule.


Il ne s’agit évidemment pas d’interdire tous les adjectifs ou la première personne, mais de tester le poème sans eux. Retirez un mot ou une expression, puis relisez. Si la scène reste compréhensible et conserve son effet, cette précision était probablement inutile. Si sa suppression fait perdre une information essentielle, elle avait sa place.



Étape 4. Trouver la coupure


Dans le haïku japonais, nous avons vu que le kireji, ou “mot de coupure”, permet de créer une pause ou une articulation à l’intérieur du poème.


En français, nous ne possédons pas d’équivalent exact.


La coupure peut donc apparaître grâce à la ponctuation, au retour à la ligne ou simplement au passage d’une image à une autre.


Prenons cet exemple :


Quelle est sa vie

L’homme en face

Qui regarde par la fenêtre ?


La question apparaît avant même que l’homme ne soit véritablement présenté.


Changeons maintenant l’ordre :

L’homme en face

Regarde par la fenêtre

Quelle est sa vie ?


Les mêmes éléments sont présents, mais le mouvement n’est plus exactement le même.


Dans la première version, la question ouvre immédiatement le poème et l’homme apparaît ensuite comme la source de cette interrogation. Dans la seconde, nous découvrons d’abord la scène avant que la question ne vienne la prolonger.


L’ordre des éléments peut donc modifier la manière dont le lecteur découvre le poème.


C’est pour cette raison qu’il peut être intéressant de tester plusieurs versions d’un même haïku. Déplacer un vers ou inverser deux images suffit parfois à faire apparaître une tension qui n’existait pas auparavant.


Le dernier vers n’a d’ailleurs pas besoin de fonctionner comme la chute d’une blague, il peut simplement apporter un élément qui change légèrement la manière dont nous regardons ce qui précède.



Étape 5. Laisser le texte reposer


Un haïku est tellement court qu’il peut être difficile de savoir immédiatement s’il fonctionne.


Juste après l’écriture, nous savons encore exactement ce que nous voulions dire. Nous complétons donc naturellement ce qui manque dans le texte.


Quelques heures plus tard, ce n’est déjà plus tout à fait le cas.


Laisser un haïku reposer jusqu’au lendemain permet souvent de le relire avec plus de distance.


Commencez par le lire à voix haute. Un mot inutile ou une formulation trop lourde s’entendent parfois plus facilement qu’ils ne se voient.


Puis posez-vous quelques questions :

  • Est-ce qu’on visualise immédiatement la scène ? 

  • Y a-t-il un mot trop vague que je pourrais remplacer par quelque chose de plus précis ?

  • Est-ce que chaque ligne apporte réellement quelque chose ?

  • Puis-je retirer un mot ou une expression sans rien perdre d’essentiel ?

  • La lecture est-elle fluide à voix haute ?


Et surtout, le poème fonctionne-t-il sans avoir besoin d’être expliqué ensuite ?


Toutes les notes ne deviendront pas des haïkus. Certaines scènes semblaient intéressantes sur le moment et perdent leur force lorsqu’on les reprend. D’autres résistent simplement à la mise en forme.


Ce tri fait aussi partie de l’écriture.



Un exercice pour écrire votre premier haïku


Un exercice pour écrire votre premier haïku


Pendant une semaine, notez une scène par jour.


Essayez de la saisir au moment où elle se produit, avec le moins de commentaires possible. Notez ce que vous voyez, entendez ou remarquez, sans chercher immédiatement à en faire un haïku.


Une tasse laissée dans une salle de réunion. Un écran encore allumé dans un bureau vide. Une conversation entendue dans le métro. Un objet qui n’est plus exactement à sa place.


À la fin de la semaine, reprenez vos sept notes et n’en gardez que deux. Choisissez celles qui continuent à évoquer quelque chose lorsque vous les relisez quelques jours plus tard.


Appliquez ensuite les cinq étapes précédentes pour les transformer en haïkus.


C’est aussi de cette manière que sont nés de nombreux haïkus de Haïkonomics. En notant d’abord ce qui attirait l’attention, puis en revenant sur ces scènes pour découvrir lesquelles méritaient de devenir des poèmes.


Aujourd’hui

Mon imagination

Façonne les nuages



La méthode en 5 étapes


  1. Partir d’une scène :  Notez un détail que vous avez réellement vu, entendu ou ressenti, sans chercher tout de suite à en faire quelque chose de poétique.

  2. Garder l’essentiel : Repérez les éléments qui donnent son intérêt à la scène et retirez ceux qui n’apportent rien.

  3. Supprimer les explications : Enlevez les mots qui disent au lecteur ce qu’il peut déjà comprendre, imaginer ou ressentir à partir de la scène.

  4. Trouver la coupure : Testez l’ordre des vers et la rencontre entre les images pour trouver la construction qui donne le plus de force au poème.

  5. Laisser reposer et relire : Reprenez votre haïku quelques heures ou un jour plus tard, lisez-le à voix haute et faites une dernière coupe si nécessaire.



Si vous découvrez le haïku ou souhaitez revenir sur ses règles, vous pouvez lire l’article "Qu’est-ce qu’un haïku ? Définition, règles et exemples", qui revient sur son histoire, sa structure, le mot de saison et la coupure.


Les haïkus cités dans cet article sont extraits de Haïkonomics.

 
 

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